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Mariage Toulousain
Tome Deux

Chapitre 1
1656

LE CARROSSE, où elle se trouvait assise entre la servante Margot et le marquis dAndijos, était garni de coussins et de housses dune somptueuse étoffe, mais Angélique était dans lincapacité dapprécier ce confort nouveau pour elle. En fait elle navait pas fermé lœil de la nuit. Longtemps après la scène de la grange, elle était restée assise à sa place, au banquet, continuant de répondre aux invités qui pouvaient encore se déplacer et venaient lui faire compliment pour la réussite de la fête ou prendre congé delle. Quand elle avait pu se retirer enfin au château ce navait été que pour changer de vêtements et sans avoir licence de sétendre sur un lit et prendre un peu de repos. Lheure du départ approchait.

Cétait la coutume que les mariés senfuissent pour éviter les charivaris populaires et les gentilshommes du Sud avaient courageusement émergé de leur sommeil divresse afin denfourcher leurs montures et battre le rappel de leurs gens pour former la caravane de retour.

Cest donc toujours comme étourdie de cet incident scandaleux quelle avait provoqué avec Nicolas quAngélique était montée dans le carrosse et avait fait ses adieux à ceux de sa famille qui sétaient présentés dans lombre, aux portières.

Le carrosse avait titubé et grincé en franchissant le pont-levis, enlevé par quatre solides chevaux, et pris de la vitesse dans la brume ouatée traînant sur la campagne obscure.

Angélique savait quelle quittait Monteloup pour toujours, mais elle était incapable de rassembler deux pensées sur cela. Par moment, un souvenir faisait monter un feu brûlant à ses joues. Par la faute de cette vieille folle de tante Jeanne, Guillaume Lützen lavait vue, elle, Angélique, culbutée dans le foin avec un valet. Cette vision éveillait à la fois sa honte et sa colère.

De plus, elle éprouvait un sentiment presque douloureux de frustration et surtout déchec. Ce quelle avait voulu obtenir en se soumettant à ce désir sauvage navait pas eu lieu. Cest vierge quelle serait livrée à lhorrible époux qui lui était imposé. Sa rancune envers la tante Jeanne ne la quittait pas.

La vieille folle, méchante! Elle avait bien calculé son coup!

Quand le jour se leva, Angélique prit mieux conscience de lévénement quelle vivait.

Elle partait. Elle partait! Elle quittait Monteloup pour toujours.

Mais cétait encore le pays. Quatre carrosses et deux lourdes voitures roulaient en direction de Niort. Angélique avait peine à croire que ce déploiement de chevaux et de postillons, de cris et de grincements dessieux, avait lieu en son honneur. Tant de poussière remuée pour Mlle de Sancé qui navait jamais connu dautre escorte quun vieux mercenaire armé dune pique, était inimaginable.

Les domestiques, laquais, valets, servantes et musiciens sentassaient dans les grosses voitures avec les bagages. Au soleil du chemin, parmi les vergers fleuris, on voyait passer ce cortège de faces brunes. Rires, chansons et grattement de guitares laissaient derrière eux, dans lodeur du crottin, un goût dinsouciance. Les enfants du Sud retournaient vers leur Midi brasillant, parfumé dail et de vin.

Seul dans la joyeuse société, maître Clément Tonnel affectait un air gourmé. Engagé comme extra pour la semaine des noces, il avait demandé quon voulût bien le ramener à Niort, ce qui évitait de lui payer une escorte. Mais dès le soir de cette première étape, le maître dhôtel vint trouver Angélique. Il soffrait de demeurer à son service, soit comme maître dhôtel, soit comme valet de chambre. Il expliqua quil avait servi à Paris chez quelques seigneurs, dont il donna les noms. Cependant, étant venu à Niort, dont il était originaire, pour régler la succession de son boucher de père, il avait vu sa dernière place occupée par un valet intrigant. Depuis, il recherchait une maison honnête et de quelque rang, pour y exercer de nouveau ses fonctions. Dapparence discrète et entendue, Clément avait conquis les bonnes grâces de la servante Marguerite. Celle-ci affirma quun nouveau valet, aussi bien stylé, serait accueilli de fort grand cœur au palais de Toulouse. M. le comte sentourait de gens trop divers et de toutes couleurs, ne faisant pas un service convenable. Chacun baguenaudait au soleil, et le plus paresseux de tous était certainement lintendant chargé de les diriger, Alfonso.

Angélique engagea donc maître Clément. Il lintimidait sans quelle sût pourquoi, mais elle lui savait gré de parler comme tout le monde, cest-à-dire sans cet insupportable accent qui commençait à lexaspérer. Finalement ce serait cet homme froid, souple, presque trop servile dans son respect et ses attentions, ce domestique inconnu hier encore, qui représenterait pour elle dans son exil lointain, sa province.


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À Niort où lon sébroua pour deux jours afin de rassembler toutes commodités nécessaires pour un long voyage, Angélique assista à un nouveau chargement de barriques de vins choisis, extraits du fameux entrepôt loué sur les quais mêmes de la Sèvre-Niortaise. Elles furent hissées sur un chariot, hâlées par un attelage de deux forts chevaux du pays, de cette race gris pommelé dite le Poitevin dont Molines lui avait jadis vanté les mérites.

Elle les vit prendre dun trot lourd et bien scandé la route quelle avait suivie la veille avant datteindre Niort.

Pour la consolation de votre famille, lui rappela le marquis dAndijos plus enthousiaste que jamais.

Réalisant alors que les barriques, elles, repartaient pour Monteloup où les hôtes du château et le voisinage continueraient à rire et causer en buvant à sa santé, Angélique comprit quun lien se rompait à jamais avec les siens.

Avait-elle seulement embrassé son père parmi les silhouettes indécises qui sétaient présentées au dernier moment? Et ce qui la déchirait le plus dans cette rupture, cétait quelle était partie fâchée avec tout le monde. Ou plutôt cétait le contraire. Par une injustice incroyable, tous étaient fâchés contre elle: Nourrice dont elle navait pas voulu écouter jusquau bout les avertissements sinistres, le vieux Lützen, plus indigné encore que laurait été son propre père, sil avait appris ce scandale qui aurait risqué de jeter à bas tous ses espoirs! Angélique, tu nen feras jamais dautres! aurait-il dit.

Et Pulchérie? Et les enfants? Les avait-elle embrassés?

Elle était seule désormais.

Margot et les servantes ne la quittaient pas, toujours à ses côtés, prévenant ses moindres désirs et chacun sempressait de la distraire ou de la renseigner, mais elle avait perdu Monteloup.

La voyant assombrie, debout au bord du quai, regardant les plats esquifs des marais qui abordaient après avoir remonté la rivière, le marquis dAndijos, attentif à la deviner, suggéra quelle aurait peut-être aimé user de la navigation pour se rendre dans les contrées méridionales ainsi quil lui avait expliqué quon en usait pour faire voyager des marchandises délicates. Et Dieu sait que de lescorter, elle, la comtesse de Peyrac, jusquau lointain pays toulousain, exigeait de sentourer de tout le confort possible!

Mais, dans le voyage de retour par mer, deux obstacles se présentaient.

Tout dabord, au-delà des côtes saintongeaises et du bordelais, les navigateurs devaient affronter le golfe de Gascogne, réputé tempétueux. Quant au danger représenté par les pirates barbaresques dAlger ou de la côte marocaine, si une cargaison de spiritueux, vins ou alcools, ne les attiraient guère car la religion de ces gens-là leur en interdisait la consommation, par contre, il nen serait pas de même pour la capture dune jeune femme dont la réputation de beauté commençait à flotter sur les ailes du vent.

Pour cette raison le comte de Peyrac avait bien recommandé de revenir par terre, si défoncées que fussent les routes dun pays où les armées navaient cessé de tournoyer durant des années, si elles ny tournoyaient pas encore. Les soubresauts de la Fronde étaient à peine calmés.

Mais nous sommes bien armés et savons combattre, assura Andijos craignant davoir inquiété Angélique.

Celle-ci daigna sourire, sans trop croire à ces prétextes. En ce qui la concernait, en effet, elle eût préféré ce mode de transport. Elle eût aimé descendre sa rivière à travers ses marais et ensuite découvrant locéan quelle navait jamais vu, monter sur un navire gonflant ses voiles. Il y avait dans cette image une impression dévasion.

Elle ne pouvait sempêcher de penser que quelque chose arriverait qui lui permettrait de fuir son destin.


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Pourtant le jour vint où elle dut reprendre place dans le carrosse, et le convoi sébranla, augmenté de quatre cavaliers armés de lances, recrutés pour décourager de possibles mauvaises rencontres.

Dès que Niort, la capitale des marais poitevins, eut été abandonnée avec son lourd donjon, noir comme la fonte, léquipage de Mme de Peyrac dégringola vers les pays de lumière.

Les routes ne se révélaient pas aussi cahoteuses et poussiéreuses quannoncées.

Les chevaux, fréquemment changés, allaient bon train et semblaient apprécier de conduire une compagnie qui sannonçait de loin à son de trompe et attirait saluts et acclamations au passage. Lorsquils allaient plus lentement ou faisaient halte, les musiciens hissés au sommet dun des chariots entamaient un petit concert, et les bavardages allaient aussi bon train entre la population et les représentants du cortège.

Angélique ne pouvait y échapper. Cette réalité avait un sens. Ces galopades, ces bourgs et villages traversés avaient un sens. Celui de lamener à un mari qui sappelait le comte de Peyrac, qui était laid et boiteux, qui fabriquait des philtres magiques!

Il lui arrivait de somnoler parfois et alors elle revoyait cette clé dor qui ouvrait une chambre contenant les cadavres de plusieurs femmes rendues folles avant de mourir par la magie dun démon familier. Quand elle séveillait, le refus du sort vers lequel on lentraînait simposait de plus en plus à elle. Cela ne serait pas. Il arriverait quelque chose.

Certain jour, en fin de matinée, le convoi fit halte à un carrefour pour une fois désert, se rangea en rond et tout le monde descendit. Le paysage avait changé. On ne voyait dans toutes les directions que rangées déchalas et ceps de vignes.

Dommage, dit quelquun, que la saison ne nous permette pas de goûter quelques belles grappes encore fraîches de rosée.

Halte! sécria Andijos. Noublie pas que dans ce pays, la vigne est sacrée et que toute grappe dérobée se paye dune oreille coupée.

Dans le lointain sapercevaient les tours et les clochers dune ville. Bordeaux!

Un laquais apporta un fauteuil pliant de tapisserie et linstalla à lombre dun grand arbre qui jetait sur le carrefour étincelant de soleil, une ombre bienfaisante.

Asseyez-vous, Madame.

Mais Angélique navait pas envie de sasseoir. Elle essayait de comprendre la discussion dAndijos et de ses amis qui entre eux nemployaient que leur langue particulière du Midi.

Madame nous devons aller jusquà la ville, lui dit Andijos. Prenez patience! Il se peut que nos pourparlers avec les autorités prennent quelques heures.

Formant un groupe de cavaliers, encadrés de deux ou trois archers, ils séloignèrent.

Angélique allait et venait, soulagée de cette occasion de se dégourdir les jambes, de réfléchir, et presque, de penser à autre chose. Si lidée leffleura quelle pourrait sauter sur un cheval et senfuir, elle lécarta. La compagnie était nombreuse. Tous, serviteurs, postillons, militaires lui témoignaient une attention déférente, mais la plupart disposaient de montures et ne seraient pas longs à la rattraper. Elle éprouva aussi quaucun dentre eux ne comprendrait sa conduite. Ils se scandaliseraient, seffrayeraient. Ils la prendraient pour une folle. Les choses ne devaient pas se passer ainsi. Il devait y avoir une solution.

Elle allait et venait, regardant parfois vers la ville.

Bordeaux!

Des souvenirs lui revenaient en mémoire.

Dans son couvent des Ursulines parfois, au cours de lannée, lAbbesse recevait des gentilshommes. Ceux-ci, la plupart de sa parenté, venaient lui porter des nouvelles de personnages en vue et la tenir au courant de ce qui se passait hors les murs où les moniales et leurs jeunes pensionnaires vivaient une existence protégée, loin des fracas du monde et des batailles.

À la suite de ces visites, lAbbesse réunissait les aînées. Elle estimait que ces jeunes filles destinées à épouser et que Dieu le leur accorde de grands noms de France devaient être au courant des évènements auxquels leurs futurs époux se trouvaient, sans nul doute, mêlés. Et plus le nom était grand et plus le fracas des armes, mais aussi celui des intrigues politiques et des trahisons impardonnables risquaient de se profiler en toile de fond à des noces que lon rêvait toujours sans obstacles, financièrement rassurantes et pourquoi pas? célébrées en présence du Roi. Il fallait rendre à lAbbesse cette justice quelle napprouvait pas les désordres de la Fronde.

Le Roi était loint du Seigneur. Et plus quaucun autre, cet enfant couronné, Louis XIV, si attendu de ses peuples quil avait été appelé Dieudonné.

Pour lAbbesse, tous ceux, princes, parlementaires ou populace qui avaient voulu lui disputer son trône, méritaient lEnfer.

Mais il fallait envisager que de toutes ces guerres et massacres émergeraient pour ces jeunes filles nobles, des époux dont certains auraient moissonné leurs lauriers dans le camp adverse, apportant pour leur vie future des éléments de disgrâce. Mieux valait être avertie. Tout nétait pas encore résolu. Ainsi les pensionnaires du couvent des Ursulines avaient-elles eu connaissance du chapelet des villes révoltées, parmi lesquelles, à plusieurs reprises se trouvait Bordeaux. Longtemps anglaise, Bordeaux était une cité qui se voulait souveraine. Ses démêlés avec le pouvoir étaient nombreux, et certains dataient à peine dune décennie.

Le petit roi de douze ans avait pleuré sous les remparts de Bordeaux où sétaient réfugiés Condé et son frère Conti et doù pleuvait la canonnade. Il avait dit à lun de ses mesnins qui lavait surpris essuyant ses larmes:

Il faudra bien quun jour nous fassions rendre gorge à ces insolents!

Angélique finit par sasseoir dans le fauteuil et accepta de boire une boisson au citron, merveilleusement glacée. Ses yeux ne quittaient pas, au-delà des coteaux, la silhouette de la ville, estompée par la vibration de la lumière.

Cétait aussi à Bordeaux que sétait réfugiée Anne-Geneviève de Longuevile, aimée de ses frères Condé, et qui les avait entraînés à se soulever contre le Roi, la Reine-mère et son Mazarin.

Angélique sourit à ce souvenir aimable: la visite du marquis du Plessis-Bellière et ses récits extravagants. Il avait parlé de légérie de la Fronde, aux yeux turquoise, la duchesse de Longueville, celle qui sétait fait acclamer par le peuple parisien, présentant sur le perron de lHôtel de Ville le bébé qui venait dy naître, dont les échevins de la capitale étaient les parrains et ce pourquoi il avait le nom de Charles-Paris.

Plus tard réfugiée à Bordeaux elle aussi, entourée des membres du Parlement rebelle quelle devait charmer, la princesse avait demandé quon lui envoyât la huitième partie du roman Polexandre dont elle avait appris la parution à Paris en dépit des convulsions de la guerre civile.

Il ne serait pas mauvais dêtre un temps prisonnière des Bordelais.

Les heures passaient, lattente séternisait. Le soleil déclinait.

Un nuage de poussière annonça le retour des cavaliers. Angélique se redressa, prête à saluer les échevins maîtres de Bordeaux, ville libre.

Mais ce nétait quAndijos et ses compagnons. Ils mirent pied à terre en se donnant des bourrades joyeuses. Nous avons réussi . Peu après deux chariots bâchés tirés par des mules firent leur apparition. Il y eut transport de barriques et de tonnelets dune eau-de-vie réputée, dArmagnac, quils avaient obtenu à titre de cadeau puisquil sagissait du mariage du comte de Peyrac.

Décidément, ces gens nétaient pas sérieux!...

Angélique éprouvait une amère déception. Elle sapercevait que durant les heures dattente, elle avait entretenu lespoir de se faire capturer par les Bordelais. Ce qui aurait tout arrangé Au moins, pendant un certain temps!... Personne ne pourrait lui reprocher de navoir pas tenu la promesse quelle avait faite à lintendant Molines, pour sauver sa famille, dépouser ce comte de Peyrac.

Maintenant il semblait que rien ne pourrait arrêter la suite de ce voyage qui lentraînait irrésistiblement vers ce personnage effrayant et la livrerait à son pouvoir.

La halte quils firent à la nuitée dans un petit château où on ne les attendait pas mais où ils furent reçus avec empressement ne la réconforta pas, bien quelle sefforçât de faire bonne figure aux hôtes qui les accueillaient de leur mieux. Au cours du souper, ses compagnons racontèrent avec force détails les péripéties des démarches accomplies pour arracher aux Bordelais ces trésors viticoles de six belles barriques de vin et de deux tonnelets deau-de-vie du pays dArmagnac, ce qui expliquait pourquoi ils sétaient présentés à cette heure tardive, ne pouvant gagner létape prévue, et Madame de Peyrac étant lasse.

Mais le baron de la Braide et sa femme, des hobereaux paisibles, et apparemment peu gâtés par les distractions mondaines, se félicitaient de leur venue. Cétait un couple encore jeune avec, sans doute, quelques enfants déjà endormis dans de grands lits aux étages.

On parla vigne et vins, on dégusta des plats en sauce parfumés dherbes diverses : sarriette, thym, basilic accompagnant lièvres et gibier deau.

Tout en se montrant fort courtois et en participant à la gaîté générale, les châtelains manifestaient à légard dAngélique un peu de timidité et elle se persuada quils la regardaient, de temps à autre, avec perplexité et peut-être avec pitié. Le marquis dAndijos, percevant leur attitude, lui glissa en aparté, alors quil lui baisait la main au seuil de la chambre quon lui avait préparée:

Lannonce du mariage du comte de Peyrac a déjà remué toute la province Songez donc! Monsieur et Madame de la Braide seront les premiers à vous avoir vue! Votre beauté les a éblouis!... Et maintenant ils comprennent. Car personne nattendait cela dun tel personnage Le mariage!... LUI! Chacun a pu sinterroger sur les raisons qui le poussaient à ce geste fatal. Mais désormais tout est clair! Votre beauté.

Angélique avait envie de lui expliquer, de lui parler de la mine dArgentières et que sa beauté navait rien à voir là-dedans. Mais déjà à len croire, une province senchantait dune histoire où elle jouait un rôle de légende.

Elle ne pouvait plus séchapper.

Maintenant elle avait bien limpression presque dun enlèvement, dun arrachement, un entraînement inéluctable contre quoi sa volonté ne pouvait plus rien. Elle se sentait faible, lâche, dominée.

ll y avait quelque chose de changé.

Elle remarqua, durant les haltes, que les populations ne parlaient plus le français.

Cest que nous avons franchi la frontière, lui dit le marquis dAndijos de la façon la plus naturelle du monde.

Angélique le considéra avec inquiétude.

Une frontière?! Lemmenait-t-on en Espagne? Molines ne lui avait pas parlé de cela. Voyant son expression, Andijos la rassura.

Ne craignez rien! Nous sommes toujours au Royaume de France! Mais ce nest pas la même France.

Que voulez-vous dire?

Le pays sur lequel régnait le roi Louis XIV était-il coupé en deux?

Andijos en convint. Oui! Il y avait une frontière! Oui, le pays était coupé en deux! Et cela depuis les premiers siècles de lère chrétienne.

Angélique demanda en quels points du royaume se situait-elle. Cétait très compliqué, protesta le marquis. Mais Angélique insista et lui expliqua que, durant ses études chez les Ursulines, elle sétait fait remarquer par son goût pour la science géographique. Son refus de la renseigner venait-il quen fait il ne savait rien du tracé de cette frontière? Piqué au vif, le marquis sexécuta avec beaucoup de gestes du bras qui montait et descendait.

Si lon partait dun point de la côte océane, un peu au-dessous de la Rochelle, il fallait plonger vers le Limousin, puis après avoir élaboré de compliqués détours à travers lAuvergne volcanique et centre du royaume de France, traverser vers lEst un coin de Bourgogne, aboutir à des régions encore mal conquises telles que celles des étangs et marécages des Dombes, de la Bresse et se trouver aux abords de lHelvétie, pays des Suisses Mais que séparait-elle ladite frontière qui coupait la France en deux, semblant sêtre établie spontanément en des temps fort anciens daprès lui? demanda Angélique.

Le marquis reprit haleine et se lança à nouveau. Elle marquait la séparation de deux langues. Langue doïl pour le Nord. Langue doc pour le Sud. Mais elle marquait aussi une séparation entre les droits coutumiers qui régissaient les deux côtés de cette frontière invisible si alambiquée et tortueuse fut-elle. Le droit civil, issu du droit romain établi par lEmpire, pour les provinces du Sud. Le droit oral, au Nord, imposé par les invasions barbares.

Comme vous pouvez vous en douter, Madame, conclut le marquis en riant largement, tout procès entre ces deux juridictions du royaume entraîne une guerre. Au mieux, des procédures qui durent des années et quon se transmet par héritage.

Il paraissait trouver cela très drôle.

Les Français, de part et dautre, devaient se passionner à défendre leurs droits coutumiers respectifs. Il raconta quelques bonnes histoires de procès qui avaient duré des générations.

Angélique retenait surtout ce fait inquiétant: il y avait une frontière.

Et sa famille était de lautre côté. La séparation saccentuait.

Le paysage changeait.

Au fur et à mesure des régions traversées, lalignement des coteaux de vignobles alternait avec des champs plantés dépis épais et hauts dun vert foncé. On eût dit une armée dressée. Hachures des vignobles, hachures des champs plantés de ces bâtons verts bien rangés. Le soleil y jetait des éclats miroitant comme à travers des grilles. Cela faisait mal aux yeux sous la draperie dun ciel bleu cru.

Cest du maïs, lui dit Andijos percevant son étonnement devant ces cultures inconnues.

Du blé dInde?! Comme au Nouveau Monde?

Ici nous lappelons gros millet ou millet dEspagne.

Toujours en verve pour vanter lexcellence de sa province, il lui apprit que, depuis plus dun demi-siècle, le maïs était cultivé de Bayonne à Toulouse, venu dEspagne où les Rois Très Catholiques lavaient reçu de leurs condottieres dAmérique avec la pomme dor, quon nomme aussi tomate depuis quelques temps et quelques autres nouveautés.

Cette céréale est le plus beau présent du Nouveau Monde à lAncien. Les populations de lAquitaine et du Languedoc en ont fait leur ordinaire, ce qui a permis le salut dans les crises de subsistance. Et surtout le manant peut vendre plus avantageusement ses autres céréales, blé, orge, ce qui la rendu plus riche.

Curieusement, ces révélations déconomie rurale causèrent à Angélique une impression de distance accentuée. Ainsi, sans avoir à traverser locéan, après avoir laissé derrière la barrière refermée de sa forêt poitevine, elle avait traversé assez de limites pour se trouver en familiarité avec le Nouveau Monde et goûter à ses fruits.

Alors que là-haut on en était encore à ouvrir de grands yeux aux récits dun pasteur parlant du blé dIndes ici la relation avec les continents lointains, les Amériques, sétait faite depuis longtemps.

Lesprit du Nouveau Monde ajoutait à la séduction de ces contrées. Plus de clarté! Plus de richesses!... Le Sud!...

Cela accentua pour Angélique son impression de saventurer de jour en jour au sein dune nation étrangère. Il ny avait pas seulement que la langue . Tout était étranger! Tous étaient différents! Et elle, elle avait quitté son pays.

Et pourtant, ne se présentaient pas que ces paysages hachurés de lumière: vignes, maïs Il y eut aussi des vallées verdoyantes, pleines darbres fruitiers, gardées par des montagnes peu élevées moutonnant à linfini pour se fondre dans des brumes lointaines où, une fois franchis leurs sommets arrondis, on basculait à nouveau dans une plaine ivre de soleil, où les équipages sélançaient au galop dans un nuage de poussière pour se heurter à la brusque barrière des contreforts des altières Pyrénées.

Soudain les carrosses peinaient par des sentiers abrupts, aussi garnis de galets ronds que les rivières, les gaves torrentielles qui descendaient de droite à gauche parmi les pins, les hêtres, les chênes et les châtaigniers.

Angélique secouée et préférant souvent mettre pied à terre, se demandait où était Toulouse.

Par là! répo ...

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... ndait Andijos avec un geste vers lEst. De lautre côté de la frontière.

Encore une frontière?!

Il rit et dit que cette fois il parlait de celle encore plus subtile et invisible des climats où cessait la douce et humide influence atlantique, venue des côtes du golfe de Gascogne à lOuest pour aller à la rencontre de ce souffle sec et parfois brûlant venu de lantique mer des peuples, Nostra Mare, Nostra Madre, notre mer, notre mère, la bleue Méditerranée, ouverte sur un autre golfe, le golfe du Lion et toutes les légendes premières de lHumanité.

Toulouse est au milieu et gouverne tous les vents. Sachez, Madame, quil y a quatre siècles, Toulouse était la troisième ville dEurope après Rome et Venise

Heureux de discourir puisquelle len priait, le marquis dAndijos cachait sa surprise en découvrant que cette très jeune et jolie femme paraissait sintéresser à autre chose quà sa propre personne comme toute coquette sy trouve entraînée par nature.

Il est vrai quAngélique, malgré elle, se laissait distraire par tant de nouveautés puis langoisse la reprenait sans quelle en perçût continuellement la cause.

Aux abords du Béarn, les voyageurs furent reçus dans le château de Monsieur Antonin de Caumont, marquis de Péguilin, comte de Lauzun. Angélique regarda avec un étonnement mêlé damusement le jeune homme dont la grâce et lesprit en faisaient, affirmait Andijos, le plus adulé garçon de la cour de France . Le Roi lui-même, qui se voulait grave, ne pouvait résister aux plaisanteries de Péguilin qui le faisait pouffer devant ses ministres réunis. Précisément Péguilin se trouvait pour lheure dans ses terres où il purgeait quelque insolence dépassant les bornes envers M. de Mazarin. Il nen semblait pas plus marri et se mit à raconter mille anecdotes sur le cardinal dont personne nignorait quil était lamant de la reine.

Angélique, mal habituée au jargon de la galanterie en usage dans les cours royales, ne comprenait pas la moitié de ce quil racontait et sétonnait de le voir parler si hardiment de ces hauts personnages.

On apporta des fruits, des boissons fraîches, du vin.

Tout en parlant Péguilin ne cessait de tourner autour dAngélique, la détaillant avec des mimiques admiratives.

Il finit par sexclamer:

Jolie marionnette!

Et de sexpliquer.

Ne dit-on pas que pour le comte de Peyrac les femmes ne sont que des marionnettes dont il na quà tirer les ficelles pour les faire danser?... Quen pensez-vous, Madame?

Elle riposta, blessée au vif.

On verra si le bal en vaut la peine! Et dailleurs jaime danser!

Il éclata dun rire aigu.

Oh! Mais la marionnette a de la répartie! Voilà qui est nouveau!

Andijos à sa façon, le rappela à lordre en lui assenant un coup de canne énergique sur le dos.

Assez Péguilin, ce nest pas une raison parce que le Roi vous a pris en amitié pour vous montrer insolent envers une dame de qualité.

Péguilin se jeta aux pieds dAngélique, lui demandant mille fois pardon.

En vérité! En vérité, la raison de mes discours, cest que je suis jaloux! Horrifié! Il nest pas possible quun tel trésor soit réservé à un seul homme! Et quel homme! Pourquoi ne suis-je pas cet homme?

Lorsquon leut relevé, encouragé, réconforté, et quil eut bien fait comprendre que tous ses excès nétaient que comédie et fanfaronnades, il redevint sérieux.

En vérité, expliqua-t-il, il avait mis en péril son office décuyer auprès du souverain pour parvenir à quitter ce service sans quil parût que ce fut de sa propre volonté, car le Roi en aurait pris ombrage. Mais rien naurait pu le retenir, lui Péguilin, à lannonce dun événement aussi grandiose et surprenant que celui du mariage du comte de Peyrac, seigneur de Toulouse, maître de multiples contrées, de sy rendre.

Car, Madame, nous du Sud, sachez que nous sommes un royaume de cent petits royaumes et nous avons nos rois auxquels nous devons hommage.

Vous ne mavez pas encore expliqué cela, Monsieur dAndijos, fit remarquer Angélique, un peu moqueuse.

Un Gascon trouvera toujours un autre Gascon pour aller plus loin dans les galéjades. Nécoutez pas ces propos, Madame! Ils sont très dangereux!...

Ainsi létape se révéla joyeuse et vive et Angélique se détendit. Pour se faire pardonner Lauzun improvisa des vers sur sa beauté quil déclama avec sentiment. Cétait la mode à la Cour de versifier à tout propos.

Vous viendrez à la Cour, nest ce pas?... Madame? Promettez-le-moi. Javertis le Roi.

Au moment du départ il sécria.

Ah! Mes amis, je me demande si la Voix dOr du royaume ne va pas perdre sa note la plus haute.

Cest ainsi quAngélique entendit parler pour la première fois de la Voix dOr du royaume.

Cest le plus grand des chanteurs du Languedoc, lui expliqua-t-on. Depuis les grands troubadours du Moyen Age le Languedoc nen a pas connu de tel. Vous lentendrez, madame, vous ne pourrez pas ne point succomber à son charme.

Ils riaient comme des fous.

Avec application Angélique sétait efforcée de ne pas décevoir laimable compagnie par un visage fermé. Tous, ils étaient affables, parfois avec trivialité mais aussi avec gentillesse.

Le voyage reprit. Lair était surchauffé, les toits de tuiles, les feuilles des platanes avaient la couleur du vin blanc. Lesprit de ceux quon rencontrait en avait la légèreté. Mais le but se rapprochait et Angélique avait limpression que son coeur devenait plus lourd.

La veille de lentrée à Toulouse, on logea dans lune des demeures du comte de Peyrac, un château de pierres claires de style Renaissance. Angélique savoura le confort dune des salles, celle où se trouvait la piscine de mosaïque. La grande Margot saffairait près delle. Elle craignait que la poussière et la chaleur de la route neussent assombri encore le teint de sa maîtresse dont elle désapprouvait en secret la matité chaleureuse.

Elle loignit donguents divers et lui ordonna de rester étendue sur un lit de repos tandis quelle la massait avec beaucoup dénergie, puis lépilait entièrement. Angélique nétait pas choquée de cette coutume qui, jadis, alors quil y avait des étuves romaines dans toutes les villes, était pratiquée même par le peuple. Maintenant, seules les jeunes filles de la société y étaient soumises. Il était fort malséant quune grande dame conservât sur elle le moindre duvet superflu. Cependant Angélique, alors quon sempressait ainsi à lui faire un corps parfait, ne pouvait sempêcher déprouver une sorte dhorreur.

Il ne me touchera pas, se répétait-elle. Je me jetterai plutôt par la fenêtre.

Mais rien narrêtait leur course folle, le tourbillon dans lequel elle était entraînée.

Le matin suivant, malade dappréhension, elle monta une dernière fois dans le carrosse qui allait lamener en quelques heures à Toulouse. Le marquis dAndijos prit place à son côté. Sa moustache semblait tracée à lencre, tant il sétait enduit de pommade parfumée.

Angélique lui saisit brusquement la main.

Ah! Monsieur dAndijos, jaimerais tellement que vous soyez mon véritable époux. Pourquoi ne lêtes-vous pas? Je vous connais déjà. Je vous aime bien.

Madame, répondit le marquis en lui baisant galamment la main, vous mhonorez. Mais ne vous faites pas dillusions sur le volume de ma panse. Il faut que vous sachiez que je suis plus pauvre quun mendiant et que, sans le comte de Peyrac, jen serais réduis à vivre vêtu dune simple chemise dans mon château délabré, à côté de mon pigeonnier sans pigeons. Tout ce que jai, je le dois au comte de Peyrac. Je vous le dis, pour que vous ne regrettiez rien. Cest lui qui possède lor et les beaux diamants.

Je peux me passer dor et de diamants. Ah, vous ne comprenez pas! Jai peur!

Vous avez peur? répéta-t-il. Et de quoi avez-vous donc peur, mon coeur?

Elle ne répondit pas, mais séloigna de lui sur la banquette et appuya son front contre le carreau souillé de poussière. Elle se mordait les lèvres pour ne pas pleurer.

Perplexe et plein de bonne volonté, il crut comprendre ce qui effrayait sa pudeur.

Nayez pas peur, mon petit oiseau, dit-il dun ton jovial. Toutes les femmes de tous les temps ont dû en passer par là. Laffaire ne va pas sans un petit cri, mais bientôt résonne une autre mélodie. Et le comte, votre époux, est un maître en volupté. Croyez-moi, dans le comté de Toulouse, beaucoup de beaux yeux noirs vont pleurer aujourdhui et dautres vont vous cingler de regards jaloux.

Mais elle ne lécoutait plus.

Depuis quelques minutes, elle voyait le postillon retenir son attelage. Un peu en avant de la voiture, une foule de gens et de cavaliers barrait la route. Lorsque le carrosse se fut immobilisé, on entendit mieux des chants et des cris que scandait le battement rythmé des tambourins.

Par saint Séverin, sécria le marquis en bondissant, je crois bien que voici votre époux qui vient vers nous.

Déjà!

Angélique se sentait pâlir. Les pages ouvraient les portières. Il lui fallut descendre dans le sable de la route, sous le soleil implacable. Le ciel était dazur foncé. Une haleine brûlante sélevait des champs de maïs, de chaque côté du chemin. Une farandole chatoyante savançait. Habillés de costumes étranges à grands losanges rouges et verts, une nuée denfants bondissaient, faisaient des culbutes étourdissantes et venaient trébucher dans les chevaux de cavaliers, déguisés eux-mêmes de livrées extravagantes de satin rose et de plumes blanches.

Les princes des amours! Les comédiens dItalie! exulta le marquis en ouvrant les bras en un geste denthousiasme dangereux pour ses voisins. Ah! Toulouse! Toulouse!...

La foule venait de sentrouvrir. Une grande silhouette dégingandée et brimbalante apparut, vêtue de velours pourpre et sappuyant sur une canne débène.

À mesure que ce personnage progressait en boitant on distinguait, dans lencadrement dune ample perruque noire, un visage aussi déplaisant à regarder que lensemble de sa démarche. Deux profondes cicatrices barraient sa tempe et sa joue gauche, et fermaient à demi la paupière. Les lèvres étaient fortes, entièrement rasées, ce qui nétait pas la mode et ajoutait à son aspect insolite.

Ce nest pas lui, pria Angélique. Mon Dieu, faites que ce ne soit pas lui!

Votre époux, le comte de Peyrac, Madame, disait près delle le marquis dAndijos.


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